Comment ne pas coucher sur du papier les émotions de la veille ?
Le sport, et le football en particulier, est bien plus qu’un divertissement. Un regard non footballistique mais plutôt ethnologique sur l’événement de samedi dernier s’impose.
Les tribunes sont un espace d’expression populaire exceptionnel : les échanges entre les spectateurs et les forces de l’ordre, l’effet de masse dans les hués et les acclamations à l’égard de telle ou telle personnalité est à étudier dans la dimension non pas « simplement » sportive mais carrément sociopolitique. La coprésence à l’autre, la citoyenneté, l’attachement - par delà une équipe - à une région, une ville ou à une culture communautaire, l’évolution des mentalités, le civisme, la féminisation des espaces virils et la respectabilité de dynasties « sportives » nouvelles ou liftées… autant de thématiques qu’une fine observation non pas des techniques et tactiques de jeu mais de celle, oh combien complexe, de logiques sociales mobilisant les foules et drainant les fous du foot peut explorer.
Ces derniers sont-ils vraiment fous de foot ? Ne sont-ils pas aussi et surtout ravi de se rassembler, de se ressembler, de se reconnaître dans le « vrai » congénère ? « Un bain de foule », disent les politiques, s’il n’était pas agréable de sentir la proximité et la chaleur de ses administrés on ne l’aurait pas appelé ainsi. Il en va de même pour les spectateurs du stade Taieb Mhiri, heureux de se retrouver dans leur petit stade provincial pour un match aussi important ; ils se sont massés les uns les autres spirituellement et physiquement (dans les interminables files d’attentes et dans des gradins à craquer). Les supporters du Club Sportif Sfaxien - et ce n’est pas propre à eux - se regardent l’un dans l’autre, comme l’autre… et font masse !
Sfax a accueilli samedi dernier une très grande frange de sa « diaspora »… heureux de venir se ressourcer, les adolescents venant d’ailleurs inscrivent fièrement sur leurs fronts l’expression révélatrice : « Sfaxien ». Il s’agit bel et bien d’une revendication identitaire forte que le foot attise. Il suffit d’écouter les chants des Sfaxiens et les clins d’œil (souvent odieux) à l’égard d’autres équipes tunisiennes dont les supporters ont partagé, il est vrai, la joie des Egyptiens lors de la défaite du CSS à Radès l’an dernier. Un jeune homme d’El-Menzah, étudiant à l’IHEC déclare naïvement avec un sourire satisfait « avec mes parents, il nous arrive de ne pas venir au pays pour les fêtes religieuses, mais on ne rate pas les grandes occasions footballistiques ».
Toute identité communautaire est clôture, positionnement. Et, à ce titre, elle ne peut se poser qu’en s’opposant à une autre. Ce n’est certes pas propre aux amateurs du CSS, mais n’est ce pas plus fort chez ceux-là ? N’y a-t-il pas des raisons bien profondes justifiant un sentiment d’injustice partagé par les habitants de la deuxième ville de Tunisie. Révéler les racines qui seraient historiques et politiques de cela n’est ni opportun ni aisé, ici.
Il y un lien fort se tissant à travers la République et au-delà (les ramifications de ces fibres invisibles sont internationales) : quelque chose qu’on pourrait nommer « sfaxité ». Les retrouvailles entre ceux qu’on appelle « les Sfaxiens de Tunis » et les autochtones sont d’une émotion telle qu’elle ne peut qu'être partagée. Cette intensité se transmet de génération en génération. C’est un phénomène particulièrement intéressant d’autant plus que son trait significatif est l’autodérision. L’attachement au « bled », en dépit de la caricature de ses mœurs et traditions, est criant chez ceux qui n’ont jamais quitté la ville polluée et austère qu’est devenue ce port jadis attrayant et cosmopolite. Il l’est paradoxalement encore plus chez ceux qui n’y viennent qu’épisodiquement pour fêter un mariage ou une coupe : un enfant s’est mis dans tous ses états quand j’ai prétendu être « mkachakh » (amateur de l’EST) venant soutenir le CSS… pour la gloire nationale, avant de répliquer : « OK, si on gagne se sera pour tous les Tunisiens, mais la coupe sera nôtre et ne quittera point nos bases ». Légataire d’un passé glorieux, Sfax a présentement et aura, espérons, dans le sport comme dans d’autres domaines, de quoi continuer à s’enorgueillir.
Article très distingué. Merci. Vive Sfax! Espérons le mieux pour notre ville marginalisée bien qu'elle soit le vrai capital pour ce pays!
2. 17-02-2008 09:27
congratulations
J'ai bien apprécié votre franchise et vos sentiments profonds envers notre cher ville natale SFAX qui a toujours été et restera pour toujours le capital et le potentiel le plus important de notre pays LA TUNISIE. Ceci est déjà un énorme facteur pour être fiert d'etre "SFAXI".Ceci ne peut se traduire à nos jours que par l'amour inconditionnel à notre cher CSS. Espérons que les tous gens qui tournent au alentour de notre "LOVELY CSS" comprennent bien que dans l'amour originale il ne doit y avoir ni rancunes ni intérêt privé et que les sfaxiens les amoureux du club différencient entre le vrai supporter sfaxien et le mauvais. Enfin, j'aurai bien aimé que tous ces commentaires seront rédigés en arabe pour que toute la famille du CSS participe et enrichie ce dialogue, toute en remerciant infiniment tout ce qui a exprimé son amour inconditionnel à SFAX et au CSS.
3. 12-02-2008 19:20
changeons nous!
si nous prétendons être des sfaxiens même si on habite loin de sfax, soyons fiers et faisons que notre football et nos actions soient les meilleurs preuves.
peut être vous ne me croyez pas mais je le dit: en lisant ces mots mes larmes s'écoulent dans mes yeux..... vraiment c'est nos vrais sentiments comme sfaxiens, on merite baucoup mieux que ça à Sfax .
Sfax est sans doute riche par son passé glorieux et mainteant c'est à nous d'assurer son futur pour qu'il soit aussi glorieux voir plus glorieux! Rude tache que nous ont laissé nos ancetres..mais bon notre amour pour cette ville et notre travail acharné seront plus fort et je suis sur qu'elle continura de briller et de sortir du lot!!soyons unis soyons fort soyons les meilleurs
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