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Les débuts sportifs de la Tunisie à partir de 1904 : L'introduction du football en Tunisie

Si l'Angleterre peut en toute légitimité revendiquer la paternité du football dans sa forme moderne, elle doit laisser à d'autres nations le mérite d'avoir créé la FIFA, le Français Robert Guérin, journaliste, et le Hollandais Hirschmann décident de la fonder en mai 1904. Le premier congrès de la FIFA se tient à Paris le 21 mai 1904, on compte alors 23 associations nationales adhérentes. Ce sport s'est rapidement propagé d'Europe vers les autres continents, dont l'Afrique et en particulier la Tunisie.

La vie sociale en Tunisie connaît un tournant majeur avec l'établissement du protectorat français en 1881. Les activités culturelles subissent l'influence des Européens et ce mode de vie finit par trouver des adeptes parmi les "indigènes". Le football a été introduit par les Français en 1904, puis pratiqué officiellement par des clubs de joueurs français résidant en Tunisie tout comme dans les grandes villes d'Algérie. La première société de football en Tunisie a été créée le 19 janvier 1906, sa première dénomination, le Football Club de Tunis, fut modifiée six jours plus tard sous le nom de Racing Club de Tunis [1]. Le Racing organise des rencontres au stade du Belvédère entre équipes françaises. La première rencontre a lieu le 9 juin 1907 entre le collège Alaoui et le lycée Carnot (score: 1-1). Le second club, le Football Club de Tunis (F.C.T.) est créé en 1907. C'est en novembre 1907 que débute le premier championnat de Tunisie, il se déroule entre trois équipes civiles, le Racing Club de Tunis, le Football Club de Tunis et le Sporting Club de Tunis; et deux équipes scolaires, le lycée Carnot et le collège Sadiki. Par la suite, la création d'associations sportives s'accélère, la possibilité de se rencontrer devient fréquente et aboutit à l'organisation du premier championnat qui regroupe sept équipes: S.C. Bizerte, Alliance Sportive, British Football Club, Sporting Club, Racing Club, Emile Loubet Club (à l'époque, président de la République), et Football Club.

Les rencontres connaissent un engouement populaire certain, dès lors le football devient la première activité sportive en Tunisie. Le premier titre du championnat est remporté en 1909 par le Racing Club face au Sporting Club (score: 4-0). Jusqu'en 1913, toutes les équipes sont exclusivement composées de joueurs et de responsables français. Le phénomène sportif se répand à l'intérieur du pays: Bizerte, Gabès, Sfax et Sousse.

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Des relations complexes de rivalités et d'affrontements réels ou symboliques vont s'établir entre les différents groupes ou communautés. En premier lieu, les Français, pratiquement présents dans toutes les villes de la Régence, vont marquer ce jeu de leur empreinte, puis, parmi les autres communautés, les Italiens et les Maltais. Les Tunisiens israélites s'engagent plus facilement dans les activités sportives, car ils peuvent accéder à la naturalisation française ou italienne et s'insèrent plus aisément dans le cadre du projet colonial de par leurs idées culturelles et religieuses, contrairement aux Tunisiens musulmans, plus rétifs à l'acculturation française et secrètement travaillés par la revendication de leur identité tunisienne. Le sport comme lieu de reproduction et de revendication réelle ou symbolique constitue un terrain d'élection pour saisir les enjeux de rivalité et d'identification entre communautés. A la fin de la seconde décennie du vingtième siècle, la Première Guerre Mondiale va entraîner des changements radicaux dans la vie économique, sociale et sportive.

Au fur et à mesure de l'élaboration du règlement, les amateurs affluent de toute part et l'engouement suscité encourage les sociétés à organiser des rencontres. La foule des spectateurs suit avec passion ces premières réunions sportives en saisissant progressivement les divers éléments du règlement. A chaque manifestation, le nombre d'amateurs du ballon rond s'accroît et l'enthousiasme des supporters est tel que lors de la finale du championnat 1918-1919, plus de quatre mille d'entre eux assistent à cette rencontre qui se tient au stade du vélodrome du Belvédère [3] .

Le succès de ces réunions conduit de nombreux jeunes à s'inscrire en masse dans les différentes sociétés européennes à Tunis. Près de vingt associations européennes de football voient alors le jour en Tunisie, affiliées pour la plupart à l'U.S.F.S.A. (Union Sportive de Football des Sociétés Associations). Les plus importants clubs français sont à Tunis: le Racing Club (1904), le Sporting Club de Tunis (1906), le Stade Gaulois (1911), le Stade Avant-Garde; pour les clubs italiens, le Savoie à Sousse; pour les clubs maltais, le Melita Sport de Tunis; enfin à Bizerte, l'Olympique et le Stade Ferryvillois. On note que les clubs sont exclusivement composés de joueurs français ou européens et soutenus par les autorités coloniales.

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Le carnage de la première guerre mondiale réduit les effectifs des clubs à une peau de chagrin. Durant cette guerre, nombreux sont les sportifs qui tombent au champ d'honneur, versant leur sang pour leur patrie. Le stade vélodrome du Belvédère est bombardé en 1917, les installations administratives des clubs de football sont dévastées. Pendant ces cinq années, le championnat est interrompu, ce qui entraîne une régression générale de ce sport, en métropole comme en Tunisie.

Le football, va connaître au cours des années 20 une diffusion géographique et sociale importante. Les terrains vagues progressent autour des grandes villes et rendent le passage du quartier au club plus aisé pour les jeunes Européens. Ce jeu de plein air, pratiqué d'abord par des associations omnisports, l'emporte sur les sports athlétiques qui déclinent, hormis ceux qui sont artificiellement soutenus par les autorités coloniales (tir, gymnastique). C'est pendant l'entre-deux-guerres que les footballeurs musulmans créent leurs propres clubs, entraînant la participation massive de joueurs tunisiens et par là-même la transformation de la société locale

Jusqu'en 1913, toutes les équipes sont exclusivement composées de joueurs et de dirigeants français. Il est alors extrêmement difficile aux Tunisiens musulmans de s'imposer dans les équipes locales. Seuls six joueurs y parviennent: Bendhif (gardien de but du Racing Club), Senoussi, Bouzid, Haouidj, Osmane et M'Saïd (Club Sioniste) .

Après la Guerre Mondiale, le football tunisien connaît un essor spectaculaire. Au sortir de cette guerre dévastatrice, le nouvel ordre mondial proclamé resserre davantage l'étau colonial. Les Quatorze Points du Président Wilson et la Déclaration Balfour de 1917 engendrent en Tunisie une hostilité, voire une haine entre les communautés. Ces événements entraînent la création de clubs exclusivement musulmans, tels l'Espérance Sportive Tunisienne (E.S.T.) en 1919, le Club Africain (C.A.) en 1920, l'Etoile Sportive du Sahel (E.S.S.) en 1925, le Club Athlétique Bizertin (C.A.B.) en 1928 et le Club Tunisien à Sfax en 1928.

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Mohamed Ali Khili
Le football en Tunisie à l’époque du protectorat (1881-1956)
Université Paris I, Sorbonne, UFR d’Histoire.

Bibliographie

[1] In ALMEIDA-TOPOR, H. (dir) et allii, Les jeunes en Afrique. Evolution et rôle, 19ème-20ème siècle, T.1, Paris, l’Harmattan, 1992
[2] Le Sporting, La Revue sportive n°3, 16 avril 1927, p. 10
[3] Tunisie sportive, réf. 65.83, bulletin officiel des sociétés sportives en Tunisie, 1924
[4] Le Racing, La Revue sportive n°10, 4 juin 1927, p. 9
[5] Le Sporting, La Revue sportive n°10, 4 juin 1927, p. 7
[6] L’Avant-Garde, La Revue sportive n°11, 11 juin 1927, p. 2
[7] Le Ferryvillois, La Revue sportive n°11, 11 juin 1927, p. 4


 

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