Rares sont les occasions où Hammadi, exemple de simplicité et de
discrétion, accepte de se confier à un média. C'est l'honneur qu'il fait ici
à Boudir, magazine des supporters du CSS où il revient sur sa carrière, sa
vie d'homme et de joueur ainsi que sur la situation actuelle de son club de
toujours, le CSS.
Hammadi Agrebi : J'ai commencé le foot comme tous les footballeurs dans le
quartier qui est la base de formation de tout joueur ; puis j'ai rejoint le CSS
dans toutes les catégories des écoles jusqu'aux seniors.
H.A : En résumé je peux dire que j'ai globalement réussi ma carrière ;
vous savez, jouer presque tous les dimanches pendant 20 années n'est pas une
chose facile. Quand quelqu'un termine sa carrière sans avoir de blessures il
peut considérer qu'il a bien réussi sa carrière. Ma carrière était marquée
par des hauts et des bas mais en somme je peux dire que je suis satisfait de ma
carrière de footballeur.
Boudir : Qu'est ce qu'on ressent quand on est le meilleur sportif tunisien de
tous les temps?
H.A : (Avec beaucoup de modestie) il y a peut être quelques fanatiques qui
parlent comme ça.
Pour moi je considère que ce que j'ai donné au CSS n'est autre que mon devoir
et c'est le minimum que je puisse donner au club et à ses supporters.
H.A : A l'époque ou je jouais, le coté artistique dominait le jeu et ce
contrairement au football moderne basé plutôt sur le physique mais pour moi
les deux termes ne peuvent être que complémentaires.
Boudir : Tarak Dhiab a été beaucoup plus médiatisé et bénéficié de
plus de reconnaissance.
H.A : Nul ne peut ignorer le talent de Tarak mais c'est vrai que les joueurs
de la capitale bénéficiaient au mieux des médias audiovisuels et ce
contrairement à leurs homologues de la région de Sfax qui étaient mis un peu
en marge voire même lésés.
Boudir : Dans une interview à un journal tunisien, vous avez déclaré
regretter de ne pas avoir fait comme Skander Souayah, est ce que cela veut dire
que vous regrettez de ne pas avoir quitté le CSS pour une autre équipe
tunisienne? Avez-vous eu des contacts dans ce sens?
H.A : Pas du tout, ce n'était pas les offres qui manquaient. Je jouais pour
le CSS et je ne pensais jamais changer en faveur d'une autre équipe tunisienne.
Seulement ma déclaration a été mal interprétée et ce que je voulais dire
faisait référence à ma situation financière en comparaison de celle de
Souayah qui lui a bien profité du poids qu'il avait dans l'équipe.
Boudir : Dans vos clubs respectifs, vous occupiez le même poste que Tarak
Dhiab, comment avez vous pu jouer cote à cote en équipe nationale ? N'y
avait-il pas un conflit tactique au début pour définir le rôle de chacun dans
cette équipe?
H.A : On était plutôt complémentaires que substituables. Moi j'occupais la
partie droite alors que Tarak occupait la partie gauche du terrain. De ce fait
il n'y avait aucun conflit tactique pour jouer ensemble.
Boudir : Quels souvenirs gardez vous de la coupe du monde 78? Pouvez vous
nous retracer les évolutions entre la génération 1978 et 2005 ?
H.A : En 78, c'était notre première participation à une coupe du monde je
garde de très beaux souvenirs de notre période de préparation jusqu'à la fin
de la compétition.
Actuellement tout a changé : nos joueurs bénéficient d'une plus grande
attention, ils sont plus encadrés et on met à leur disposition tous les moyens
nécessaires pour réussir.

Boudir : En 78 contre la Pologne, était ce Kasperczak que vous aviez
dribblé et fait tomber?
H.A : La télé ainsi que le défunt Najib Khattab ont montré que c'était
bel et bien Kasperczak mais ce dernier m'a affirmé personnellement qu'il n'a
pas participé à cette rencontre…
Boudir : Hamadi, je voudrais une confirmation de votre part, parce que j'ai
toujours eu un doute sur le penalty non accordé à la Tunisie contre
l'Allemagne en 1978 : vous exécutez une extraordinaire action avec Tarek aux
abords des dix-huit mètres allemands et vous êtes fauché par Kaltz (??) dans
la surface... Pour vous y a t il ou non penalty ?
H.A : Effectivement, il y avait un penalty non sifflé. Deux défenseurs
allemands ont bien commis une faute contre moi dans la zone de réparation. Je
pense que si on était à cette période l'arbitre l'aurait sifflé vue que
l'équipe nationale a maintenant plus d'estime dans le monde.
Boudir : Quel a été pour vous le meilleur et pire souvenir en tant que
joueur?
H.A : Les souvenirs sont nombreux : connaître beaucoup de gens, visiter
plusieurs pays…
L'ambiance était plus saine à cette période ; tous les joueurs jouaient pour
gagner (aal marioul), de nos jours le coté financier l'a remporté.
Boudir : Que ressentez vous maintenant en tant que supporter ?
H.A : En tant que supporter je vois les choses autrement, Je comprends mieux
les réactions des supporters à la suite d'une victoire ou d'une défaite.
Je crois qu'être supporter est plus difficile qu'être joueur car le premier
qui ressent la défaite est le supporter, en fait le joueur oublie tout dès la
reprise des entraînements et commence à préparer le prochain match
contrairement au supporter qui peut rester une semaine ou deux triste.
Boudir : Ton meilleur but ?
H.A : Pour moi je ne crois pas au meilleur but car tous les buts avaient de
la valeur. Peut être je penche sur ceux marqués contre l'Espérance, SRS et le
Stade Tunisien.
Cela n'empêche qu'il y a de beaux buts comme les buts de loin ou suite à un
coup de ciseau.
Boudir : Meilleur coéquipier ?
H.A : Notamment Akid, il y a aussi A. Soudani, M. Abdelmoula et Derbal. On a
beaucoup joué ensemble et on s'entendait très bien sur le terrain.
Boudir : Meilleurs présidents ?
H.A : J'ai un autre avis, Ce n'est pas facile d'être président du CSS
(comme disent quelques uns) car on dépense beaucoup de son temps et de son
argent. Chaque président a sa méthode de travail, qu'on respecte et qui peut
se révéler fructueuse ou non, et je vois que chaque président qui a servi le
CSS mérite d'être remercié.
Boudir : Meilleur entraîneur ?
H.A : Beaucoup d'entraîneurs compétents m'ont entraîné mais peut être
celui qui s'entendait le plus avec les joueurs et auquel on accordait un respect
total est Popov, il comprenais très bien les joueurs et nous considérait comme
des coéquipiers. D'ailleurs on a souvent fait de très bons résultats avec
lui.
Boudir : Meilleur match ?
H.A : Je préférais les matchs contre le SRS, l'Espérance, le Stade
Tunisien et le Club Africain puisqu'ils ont souvent attirés le plus de foules
et il y avait une ambiance spéciale.
Boudir : Et la meilleure génération?
H.A : La génération que Kristic a formé à la fin des années 60 et début
des années 70 reste selon moi la meilleure ; en effet on est passé du Club
Tunisien au Club Sfaxien et c'est la génération qui a changé le jeu du CSS et
lui a donné son cachet, qui est basé surtout sur le jeu technique.
Boudir : Quelles ont été les circonstances de l'arrêt de votre carrière
sportive?
H.A : Je n'ai pas de circonstances particulières, seulement mon age avancé
et la responsabilité qui est devenue un peu trop grande au sein de l'équipe
puisque le jeu reposait trop sur moi car l'équipe n'était pas très solide à
l'époque et c'est ce qui m'a poussé à arrêter ma carrière.
Boudir : Si vous aviez à recommencer, est-ce que vous choisiriez d'être
joueur de foot ?
H.A : Certainement, je ne regrette pas mon choix d'autant plus qu'après 20
et 30 ans les gens se souviennent encore de moi et me respectent beaucoup et
c'est avec ça qu'on vit actuellement.
Hammadi et la direction du CSS :
Boudir : Quelles sont vos relations et votre implication avec le staff et les
joueurs actuels?
H.A : Je garde de très bonnes relations avec tout le monde depuis que
j'étais joueur jusqu'à maintenant et je ne me plains de rien.
Boudir : Comment jugez vous les performances actuelles ? Qu'est ce qui a
changé depuis l'ère de si Slah?
H.A : Beaucoup de choses ont changé. Les relations avec les joueurs sont
devenues beaucoup plus professionnelles et c'est très normal. Le parcours de
Zahaf est jusqu'à maintenant bon et les résultats ne font que le confirmer.
Boudir : Pourquoi Hammadi refuse de s'impliquer dans le BD du CSS? Ne pensez
vous pas que le moment d'intégrer le BD du CSS est venu car on a besoin de
connaisseurs comme vous au club aux cotés de Zahaf et Bedoui?
H.A : Pourquoi faire ? Ce que je sais, c'est que Naceur Bédoui est entrain
de faire un très gros travail au sein d'un groupe complémentaire qui sait
parfaitement ce qu'il fait. A mon avis je ne vais pas apporter grande chose si
j'intègre le BD. Ce qui manque actuellement au CSS ce n'est pas les conseils
mais c'est plutôt les ressources financières surtout que le club grandit et
les dépenses augmentent d'une année l'autre.
Le CSS a plus besoin de gens qui peuvent le financer.
Ce qui manque au CSS c'est les ressources financières et non les conseils
Boudir : Si on vous propose un poste vous seriez d'accord d'intégrer la
direction du club? Quel rôle (poste) pourriez vous jouer au sein de la
direction ou du staff technique du CSS ?
H.A : Comme je l'ai dit, il n'y a pas de poste qui manque et que je peux
remplacer. Peut être que je peux aider au niveau du comité de recrutement
surtout qu'on ne sait pas exactement qui recrute les joueurs.
Boudir : Le CSS a éprouvé de grandes difficultés financières avant
l'obtention de la coupe arabe. Avez-vous pensé à aider le club durant cette
période ?
H.A : Financièrement, je ne sais pas comment l'aider. S'il y avait une chose
que j'aurais pu faire à cette période je n'aurais pas hésité.
Boudir : Les membres de la famille du défunt Mohamed Ali Akid Allah yarhmou,
étaient il y a quelques années en situation précaire. A votre avis, y a t- il
pas des solutions durables à présenter à notre club pour éviter ce genre de
situation ?
H.A : Il existe sûrement des solutions. Avant on s'occupait mieux des
vétérans ce qui manque actuellement. On sait tous que le CSS n'oublie jamais
ses anciens joueurs, mais peut être devrait il penser à faire de temps en
temps des réceptions pour réunir la famille élargie du CSS.
L'avis de l'expert :
Boudir : Pourquoi il n'y avait pas de joueurs tunisiens qui jouaient en
Europe à votre époque?
H.A : Avant on n'avait pas de professionnalisme. Déjà le fait de partir aux
pays du golfe était quelque chose de grand, l'accès à l'Europe était encore
plus difficile.
Boudir : Quel est pour vous le futur Hammadi?
H.A : Je ne crois pas à un futur Hammadi, peut être viendra-t-il quelqu'un
de meilleur.
On a vu de grands joueurs au CSS, et chaque génération à son style de jeu.
Boudir : Quel est le meilleur joueur au CSS actuellement? Et en Tunisie?
H.A : Actuellement il n'y a plus d'individualité au CSS, c'est devenu un
groupe qui se complète.
C'est l'esprit de groupe qui domine en ce moment. Même en Tunisie on ne voit
plus de joueurs qui se distinguent.
Boudir : Est ce que Hamza Sallemi est un joueur a part comme on le dit?
H.A : Hamza et un bon joueur à qui il manque beaucoup d'expérience et on ne
peut pas le juger dès maintenant ; il faut lui laisser un peu de temps.
Boudir : Que pensez vous de Haykel Guemamdia? De Hatem Trabelsi ?
H.A : Je considère qu'ils ont tous deux réussis leur carrière sportive vue
que Haykel est devenu professionnel étant jeune de même pour Hatem ; on aurait
pu profiter plus de leurs qualités mais les circonstances ont fait qu'on les a
laissé partir.
C'est difficile de les remplacer, Haykel nous aurais bien aidé cette saison
s'il était resté.
Boudir : Etes vous pour un éventuel retour de Tarek Tayeb ?
H.A : On remarque effectivement qu'il nous manque un bon meneur de jeu ; si
Tarek revient avec le même niveau il est le bienvenu.
Boudir : Quels conseils donneriez vous jeunes joueurs du CSS ?
H.A : Assister à tous les entraînements, avoir plus de discipline de jeux
sur le terrain et vis-à-vis des supporters et surtout travailler en silence.
Boudir : Que pensez vous du jeu du CSS?
H.A : Il y a des hauts et des bas ; une semaine on dit que ça va et une
autre ça ne marche pas à cause de quelques joueurs qui ne sont pas en forme.
En général le CSS va bien et c'est l'une des équipes les plus remarquables au
championnat.
Boudir : vous préférez le CSS 1995 ou 2005?
H.A : En 1995, il y avait des vedettes comme Sami Trabelsi, maintenant c'est
plus un groupe homogène qui a envie de gagner et c'est le principal changement.
Boudir : Avez vous remarqué que le style de jeu du CSS a changé cette
année ou bien vous pensez que le cachet existe toujours?
H.A : Le style de jeu du CSS a sûrement changé puisqu'il y a plus
d'engagement physique ; le jeu technique a un peu diminué et on attend tous un
joueur qui peut faire des gestes qui le distingue.
Boudir : Quelles sont les conditions propices pour former des meneurs de jeu?
Pourquoi ce poste tend à disparaître ou du moins il devient de plus en plus
difficile d'en former?
H.A : On ne peut pas fabriquer un meneur de jeu. Il faut que les entraîneurs
choisissent des jeunes joueurs qui disposent des qualités nécessaires pour
occuper ce poste. D'ailleurs, ce poste tend à disparaître puisque le côté
physique l'a emporté sur le côté technique et un meneur de jeu doit être
avant tout un bon technicien.
Boudir : Une équipe peut elle jouer sans "meneur de jeu" classique
?
H.A : Oui, tout dépend de l'entraîneur qui peut choisir un schéma tactique
qui n'inclue pas un meneur de jeu classique.
Boudir : Votre avis sur Khaled Ben Yahia (le coach) pas le joueur?
H.A : Sûrement le joueur était plus important que l'entraîneur.
Etre entraîneur est plus difficile puisqu'il doit donner constamment des
interviews qui le font un peu sortir de son cadre vu qu'il a beaucoup de
caractère ; quand Khaled était joueur il était plus poli et plus respecté.
Hammadi aujourd'hui :
Boudir : Qu'est ce que vous faites maintenant?
H.A : C'est presque la retraite ; je suis un simple supporter
Boudir : Pourquoi vous vous éloignez du CSS ? On a l'impression que vous
n'allez pas souvent au stade ! Ça ne vous passionne plus de regarder un
match du CSS ?
H.A : Mon caractère fait que je n'aime pas beaucoup les foules, je préfère
assister aux matchs amicaux. Mais je suis toujours le CSS de près.
Boudir : Avez-vous gardé des contacts avec les anciens joueurs du CSS ?
H.A : Bien sûr que j'en ai gardé, d'ailleurs tous les samedis on fait des
matchs entre vétérans.
Boudir : Pensez vous avoir les capacités d'encadrer les jeunes joueurs ?
H.A : Oui pourquoi pas, d'ailleurs je regarde souvent les jeunes parce qu'ils
me rappellent mes débuts.
D'ailleurs les jeunes ont besoin de plus d'encadrement.
Boudir : Hammadi est ce que vous avez gardé des enregistrements des matches
que vous avez joué avec l'EN et le CSS ?
H.A : Non je n'ai presque pas d'enregistrements si ce n'est des
enregistrements de dix à quinze minutes. Le défunt Najib Khattab m'avait
promis de me faire une casette qui résumerait ma carrière mais il n'a pas eu
hélas le temps de la faire.
CSS et la ville de Sfax :

Boudir : Croyez vous que la sortie de Skander Souayah du CSS était de sa
faute ou le fait d'une ingratitude des dirigeants de l'ancien BD lors de l'AG ?
Et croyez vous que ça serait passé comme ça avec l'actuel comité ?
H.A : Je pense que l'affaire de la sortie de Skander n'est pas du tout
claire, moi personnellement si j'étais à la place des dirigeants peut-être
que j'aurais cherché l'intérêt du club avant tout.
Le principal rôle d'un dirigeant est de résoudre les conflits qui se créent
au sein du club.
Je ne crois pas que Skander aurais pris la décision de quitter le CSS avec le
comité actuel.
Boudir : pourquoi le niveau du sport en général a reculé à Sfax ?
H.A : C'est tout à fait normal. On avait trois ou quatre équipes sfaxiennes
en nationale A et d'autre part le CSS a grandi et recrute de plus en plus de
joueurs.
L'infrastructure sportive n'est plus suffisante, cela n'empêche pas qu'il y a
de bons joueurs dans les catégories de jeunes mais c'est la continuité qui
manque : les joueurs arrivent aux séniors et ne trouvent plus leur place au
sein de l'équipe ce qui est peut être du aux recrutements qu'on fait.
L'infrastructure sportive à Sfax n'est plus suffisante
Boudir : vue le manque d'infrastructure sportive à Sfax, jugez vous une
bonne décision que de vendre l'ancien complexe pour des raisons financières ?
La vente de l'ancien complexe est une grande perte pour le CSS
H.A : L'ancien complexe occupe une place stratégique qui réunit plusieurs
jeunes de plusieurs quartiers et je vois que c'est une grande perte de le
vendre.
Boudir : est ce que c'est logique selon vous qu'un entraîneur comme Riadh
Charfi qui est très compétent et qui a formé plusieurs joueurs talentueux
quitte le CSS pour des raisons financières ?
H.A : C'est désolant, on sait tous que le CSS fait un peu de retard mais
paye ses joueurs et son staff.
L'idéal c'est que chacun trouve son salaire à la fin du mois mais s'il y a un
peu de retard on doit être patient vis-à-vis du club.