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Interview : Hosni Karamosly
Boudir : Peux tu nous présenter ton parcours dans le
monde du volley avant de venir au CSS ?
Hosni Karamosli : J'ai commencé avec Hammam-Lif où j'ai
passé 5-6 ans puis il y a eu des contacts avec le CA, l'ESS, l'EST et le CSS et
j'ai choisi le CSS. Je suis international depuis ma période d'Hammam-Lif.
Boudir : Pourquoi ce grand amour de la famille
Karamosly pour le volley? D'où vient il?
HK : Ce n'est pas de l'amour c'est arrivé
accidentellement, je ne comptais pas jouer au volley, je voulais jouer au foot
car j'adorais le foot. Mon oncle était dirigeant au niveau de la section
football de Hammam Lif et je n'arrêtais pas de lui demander de m'inscrire dans
l'équipe de foot mais il n'a jamais voulu le faire. En arrivant au lycée, mon
professeur de sport, Si Khaled Aadher, a remarqué mon physique avec ma grande
taille et m'a emmené une fois à un entraînement dont j'ignorais la nature. Je
ne savais pas que c'était un entraînement de volley. Peu à peu ça m'a plu et
j'ai commencé à m'intéresser au volley. Après quelques années mon frère
m'a suivi et on s'est encouragé mutuellement dans la pratique de ce sport
Boudir : Est-ce que ta carrière professionnelle en
tant que joueur de volley t'empêche d'avoir d'autres activités?
HK : Je n'avais que les études comme activités
parallèles, et honnêtement je ne réussissais pas très bien dans mes études.
Après la 6ème je me suis laissé aller et je m'occupais plus du volley que de
l'école. Même plus tard quand j'ai eu mon bac, je pensais m'inscrire à l'INEPS,
je n'ai pas pu le faire car j'étais focalisé sur le volley car le volley c'est
ma vie.
Boudir : Tout le monde sait qu'avant ton arrivée au
CSS, il y avait plusieurs équipes qui voulaient te recruter. Quel était le
facteur décisif qui t'a poussé à choisir le CSS?
HK : La vérité, ce qui m'a poussé à venir au CSS
c'est mon équipe, le CS Hammam-Lif, qui était en crise financière et a eu
besoin d'argent. A l'époque l'ESS a proposé 2 joueurs de football contre ma
venue alors que le CSS a proposé de l'argent et Hammam-Lif a préféré
l'argent. Ensuite j'ai dû aller au CSS. Mais aujourd'hui je ne le regrette pas
car on est rentré dans l'ère du professionnalisme et c'est mon métier qui me
pousse à choisir la voie qui optimise mes intérêts.
Boudir : Dans quel secteur penses tu avoir une marge
de progression?
HK : Le volley est un sport qui n'a pas de limite, plus
tu joues et plus tu apprends, tu ne pourras jamais maîtriser complètement le
volley et le sport en général. Malgré ma position d'international, de joueur
qui a joué des compétitions internationales et que je sois un joueur assez
complet il manque toujours l'expérience qu'on acquiert en s'entraînant
beaucoup et en jouant beaucoup. L'expérience est le secteur où je peux
progresser et c'est l'expérience qui fait la différence au volley et en sport
en général.
Le CSS
Boudir : Que penses tu de Zarkovic ?
HK : C'est un entraîneur très joyeux et très gai il
est toujours de bonne humeur et met de l'ambiance aux entraînements.
J'ai travaillé avec beaucoup d'entraîneurs, la majorité axait le travail sur
la discipline en imposant leurs idées et leurs méthodes. Zarkovic, sans
délaisser la discipline, nous laisse assez libres, nous sommes majeurs et
vaccinés et chacun connaît ce qu'il doit faire pour son intérêt.
C'est un bon entraîneur ; l'année dernière il est arrivé en milieu de saison
alors qu'on était dans une situation difficile et a réussi à remporter 3
titres. Il nous a donné une nouvelle impulsion, il est arrivé avec une
nouvelle ambiance et ça nous a permis de nous relancer et nous bouger.
Boudir : Que penses tu des moyens (financiers et
logistiques) alloués par le CSS à la section volley? Par rapport aux autres
clubs?
HK : Le CSS est le club qui paye le mieux ses joueurs.
Les autres équipes payent selon leur moyen : les mois où la caisse du club est
vide, les joueurs n'obtiennent pas grand-chose.
Le CSS, malgré quelques retards, est le club qui investit le plus dans le
volley.
Boudir : Est ce que les joueurs de volley au CSS
gagnent moins que les footballeurs?
HK : Bien sur. Malgré tous les titres gagnés on n'aura
jamais les mêmes montants que les footballeurs. Le football est le sport le
plus populaire en Tunisie et c'est donc le sport qui ramène le plus d'argent au
club et inversement le club investit plus dans le football.
Boudir : Quelle est la politique du bureau directeur
dans le recrutement d'étrangers et d'intégration des jeunes? Le CSS a-t-il des
jeunes assez talentueux pour prendre la relève dans quelques années?
HK : D'après ce que je vois, il y a de bons jeunes
joueurs tels que Smaoui, Soudani. Je pense que lorsque les anciens vont partir
ils pourront prendre la relève. Les étrangers sont recrutés pour donner le
plus.
Le CSS a de bons jeunes au niveau des cadets et des juniors, comme par exemple
le jeune Bennour qui a intégré les seniors cette année et a même fait parti
du 6 de départ. On peut dire que le CSS a de bons jeunes qui prendront la
relève après notre départ.
Boudir : Quelle est la différence au niveau de la
formation entre le CSS et le CSHL?
HK : Il n'y a aucune différence. La formation dépend
des encadreurs qui s'occupent des jeunes et les deux clubs possèdent de très
bons encadreurs.
Boudir : Est-ce que tu peux nous parler des
conditions d'entraînement au sein du CSS? (combien d'entraînements par
semaine, d'heures par séance, lieu d'entraînement,..).
HK : Si on joue le mercredi et samedi, on s'entraîne le
lundi matin et après midi, le mardi après midi, le mercredi on s'entraîne le
matin et on joue notre match l'après midi. Le jeudi on s'entraîne matin et
après midi, le vendredi matin et après midi si on joue le samedi à
l'extérieur ; si c'est à Sfax on s'entraîne le Vendredi après midi et samedi
matin avant le match. Selon la période, les entraînements se font soit en
salle soit en salle de musculation. Les séances durent généralement 2 heures.
Le CSS cette année
Boudir : Que s'est il passé en début de saison au
CSS?
HK : Franchement, les dirigeants de l'équipe n'ont pas
su gérer le début de championnat. Certains joueurs n'avaient pas encore
discuté du paiement de leurs primes, de leurs salaires. Les dirigeants
voulaient qu'on se lance directement dans la compétition sans discussions.
Certains joueurs ont accepté mais d'autres pas. Il y a eu une réunion à
laquelle je n'ai pas assisté où les joueurs ont décidé de suivre une ligne
de conduite commune. Je suis ensuite rentré en contact avec certaines personnes
et tout est rentré dans l'ordre petit à petit.
Boudir : Y a-t-il eu des problèmes entre joueurs et
entraîneur? Entre joueurs et dirigeants? Entre entraîneur et dirigeants?
HK : Actuellement tout est clair, on est sereins sinon
l'entraîneur n'aurait pas gardé sa place, les dirigeants auraient changé et
les joueurs aussi. L'ambiance est bonne entre nous et les dirigeants, tout va
bien 5/5.
Boudir : Pourquoi as-tu mis plusieurs semaines à
renouveler ton contrat ? Pourquoi as tu accepté de rester sans activité (ni
entraînements ni compétition !) tout le début de saison?
HK : Au début il y a eu un malentendu avec Monsieur
Hichem Sallemi, certaines choses se sont mal passées et je me suis un peu
retiré. En même temps j'ai eu des contacts avec d'autres clubs tunisiens et
étrangers, j'ai donc essayé de voir où je pourrais jouer si ça devait mal se
passer avec le CSS, mais je ne veux pas en faire une catastrophe, c'était un
petit mal entendu qui arrive dans le monde du sport.
Sinon je ne suis pas resté sans activité. Même si je ne suis pas resté à
Sfax, je m'entraînais à Tunis en faisant de la musculation, j'ai fait quelques
entraînements avec Hammam-Lif, Radès.
Boudir : La majorité des joueurs du CSS a refusé de
jouer au début du championnat à cause d'un différend financier. Penses tu que
c'est un manque de professionnalisme de votre part ?
HK : D'une certaine manière oui, car un joueur ou un
dirigeant est comme un employé d'une entreprise et ne doit pas travailler sans
salaire ni arrêter l'activité comme il l'entend.
Boudir : Est ce qu'il y a des joueurs qui veulent
quitter le club ? et pourquoi ?
HK : A part moi, oui il y a d'autres joueurs.
Personnellement je veux quitter le CSS, non pas que je n'aime pas le CSS mais
quand je vois que mes coéquipiers internationaux jouent à l'étranger ça me
donne envie. Certains pourraient dire qu'ils sont partis car ils étaient libres
car ils avaient plus de 30 ans, je répondrais que Ghzel a moins de 30 ans et l'ESS
l'a libéré pour une année, et j'ai voulu avoir une expérience d'un an à
l'étranger pour savoir ce que c'était de jouer à l'étranger, découvrir le
vrai professionnalisme et un nouveau championnat. Mais ce n'est pas que je
n'aime pas le CSS mais je voulais juste avoir une expérience internationale.
Boudir : Cette année, il y a eu le départ de Majdi
Toumi, Khaled Belaïd et Dargo ; en contre partie il y a eu l'arrivée de Bilel
Ben Hasinne et du joueur étranger, penses tu que les nouveaux joueurs sont
aussi bons que les partants?
HK : Majdi Toumi est un grand joueur et il a sa place au
CSS, il a acquis l'expérience nécessaire pour continuer sa carrière, mais le
règlement tunisien permet au joueur de plus de 30 ans d'être libéré de son
contrat vis-à-vis de son club. Il a alors décidé de partir et pour le
remplacer il fallait trouver quelqu'un qui a le même niveau voir meilleur. Le
seul joueur Tunisien qui pouvait prendre sa place était Bilel Ben Hassine
malgré son jeune age ; il nous a apporté un bon soutien et il est entrain de
bien jouer.
Khaled Belaid à son poste 4 nous aidait vraiment beaucoup, il était une pièce
maîtresse de l'équipe. Il a eu aussi la possibilité de s'expatrier et en a
profité, il fallait aussi trouver un aussi bon joueur mais en Tunisie, mis à
part Fehri qui a choisi l'EST et Slim Chekili que Kelibia n'a pas voulu lâcher,
il n'y avait personne, il fallait donc aller chercher un étranger.
Cet étranger n'est pas mal du tout, il est en train de bien jouer même si
comme tous les joueurs il a des passages à vide, il apporte un plus à
l'équipe et à mon avis il va nous aider.
Boudir : Pour le match contre l'Espérance, on dit
que les joueurs ont perdu pour faire pression sur les dirigeants? Qu'en est il
exactement?
HK : Ce n'est pas vrai. Personne d'entre nous n'avait
envie de perdre ce match malgré les problèmes financiers qu'on devait régler
après ce match mais on savait que ce match était décisif et on voulait le
gagner. Mais malheureusement l'EST a mieux joué et préparé son match, on
était aussi un peu fatigués du voyage qu'on a fait la veille du match.
Boudir : Quelles sont les solutions qui permettront
au CSS de revenir à son niveau habituel? Est ce la motivation des joueurs ?
HK : Il y a deux solutions : si les joueurs ne sont pas
payés il faut les payer. Si les joueurs ne sont pas prêts il faut les
préparer encore plus à l'entraînement.
A l'entraînement il faut se donner à 100% pour avancer et pour se retrouver
dans les meilleures conditions pendant les matchs.
L'équipe nationale et le
volley en Tunisie
Boudir : Le niveau du volley en Tunisie se dégrade
d'année en année, le nombre d'équipes est ridicule comparé à d'autres pays.
Quelles en sont les raisons?
HK : Le problème en Tunisie, c'est qu'on n'a pas assez
de joueurs. On remarque que toutes les équipes en Tunisie se basent sur leur
six de départ et ne peuvent pas avoir beaucoup de choix pour faire tourner.
Dès qu'ils ont un bon jeune, ils essayent de le garder le plus longtemps
possible. Par exemple, l'EST qui avait de très bons joueurs qui formaient
l'ossature de l'équipe nationale, a eu beaucoup de mal quand ces joueurs comme
Baghdadi, Loukil sont partis, même si actuellement ils remontent la pente.
Je dirais que le volley en Tunisie est légèrement au dessus de la moyenne, il
n'y a pas d'équipe qui reste stable sur plusieurs années car dès qu'une
génération part, il leur est difficile de la remplacer. La formation n'est
malheureusement pas assez développée en Tunisie mis à part une ou deux
équipes qui s'en préoccupe vraiment.
Boudir : Penses tu que la Tunisie peut garder sa
suprématie en Afrique et sa bonne réputation dans le monde ?
HK : Oui bien sur. Je pense que notre équipe est au top,
on a eu juste une défaillance en Egypte en coupe d'Afrique mais ça ne doit pas
freiner notre marche en avant, ce n'est qu'une défaite, on a perdu un titre
mais on doit se préparer à gagner le prochain. Même s'il y a peut être des
joueurs qui ne peuvent plus faire la différence avec l'équipe nationale, il y
aura toujours des joueurs qui arriveront et qui prendront la relève.
Boudir : Y a t il des jeunes capables de remplacer
les Guidara, Hfaiedh, Belaïd et Karamosly ?
HK : Oui il y en a beaucoup, il y a Ihsen Saïdi de l'EST
et beaucoup de joueurs de Kelibia tel que Slim Chekili, Seif Mjid le passeur.
Boudir : Que penses tu de Jacob?
HK : Quand il est arrivé il a apporté beaucoup de
choses au volley tunisien. Il a beaucoup donné au volley tunisien, il nous a
appris des choses qu'on ne connaissait pas, il a bien fait son travail.
Boudir : En Equipe nationale, tu joues en tant que
central, par contre au CSS, tu évolue en attaquant de pointe, ne penses tu pas
que cela peut te déstabiliser, ou diminuer ton efficacité dans l'un de ces
postes. Quel poste préfères-tu ?
HK : J'apprécie les 2 postes, en tout cas je peux y
jouer. J'ai toujours joué au centre en équipe nationale. Quand Antonio est
arrivé, il ne connaissait pas mon poste, en fait je ne faisais même pas partie
de l'effectif de l'équipe nationale avant son arrivée et c'est lui qui m'a
fait venir. La première année il m'a fait jouer faux passeur ou poste 4 sans
réception et j'avais bien joué jusqu'à obtenir le titre de meilleur joueur en
Grèce du tournoi de repêchage des jeux de Sydney. A l'époque, Hfaïedh et
Fehri étaient suspendus et lorsqu'ils sont revenus, Jacob m'a remis au centre.
Au CSS, je joue en faux passeur car il n'y avait de bon faux passeur, ce n'est
pas pour me flatter mais malheureusement au CSS il n'y a pas de bon faux passeur
et c'est dommage de perdre un bon central pour me mettre à sa place. En plus,
au centre, l'entraîneur ne peut pas profiter de tout mon potentiel, comme il le
fait quand je suis en faux passeur où il compte sur moi pour marquer les balles
difficiles, il m'appelle d'ailleurs le " corrector ", le correcteur.
Je pense qu'au CSS, c'est le poste où je peux apporter le plus, alors qu'en
équipe nationale l'entraîneur a plus de choix et peut se passer de moi quand
je suis à l'arrière. Quand je passe d'un stage avec l'équipe nationale aux
entraînements au CSS, j'ai un peu de mal au début car les repères changent
mais ça ne dure pas plus de 2 semaines pour reprendre mes habitudes.
L'avenir
Boudir : Est que tu peux nous dévoiler les détails
de ton contrat avec le CSS ?
HK : En Tunisie, il n'y a pas de vrai contrat
professionnel c'est juste un moyen de défendre ses intérêts. Mon contrat
n'est pas mirobolant, en quittant Hammam-Lif j'ai signé mon contrat
précipitamment à cause de la situation de mon ancien club, sans trop faire
attention mais je n'en veux à personne. J'ai signé ce contrat et je dois le
respecter. Le club est toujours avantagé par rapport au joueur, il faut
vraiment faire attention au contrat qu'on signe.
Boudir : As tu eu des contacts avec des clubs
étrangers? Lesquels?
HK : Oui ça fait deux ans qu'on me suit. Je suis en
contact permanant avec le manager de Poitiers qui prend de mes nouvelles
régulièrement. J'ai aussi eu des contacts avec des équipes allemandes,
italiennes et même tunisiennes, mais si je dois changer de club, ça sera pour
partir à l'étranger pour découvrir le professionnalisme et une nouvelle
expérience dans un nouveau championnat avec un meilleur niveau.
Interview réalisée par Sami
MEZGHANI
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