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Bilan et perspectives
À mi-parcours du
championnat national, le CSS est classé 5ème. Et pourtant ! Il y a en
effet de quoi être perplexe et même un peu déçu quand on voit de
quelle manière ont été abordés certains matchs importants de
l'exercice actuel, et avec quelle nonchalance ont été gâchés des
points précieux.
La longue parenthèse de la CLA
ne saurait tout expliquer. Dès le premier match à domicile, soldé par
un nul insipide, synonyme de défaite contre EGSG, le public du CSS a
senti que la CLA occupait décidément trop despotiquement l'esprit des
joueurs, du staff technique et du bureau directeur. Que cette
compétition, la plus prestigieuse des compétitions africaines, exige
un travail de longue haleine, beaucoup de sacrifices humains et
financiers, une concentration de tous les instants, c'est une chose ;
mais décider arbitrairement, comme l'ont fait, plus ou moins
volontairement, plus ou moins consciemment, les dirigeants,
l'entraîneur, d'en faire l'objectif majeur du CSS en cette année,
quitte à sacrifier le championnat national, c'est tout simplement une
absurdité. L'effectif dont dispose le CSS (encore fallait-il mieux
l'exploiter) a largement les moyens de jouer sur tous les fronts.
À trop focaliser sur la CLA, les joueurs ont perdu le nord en
championnat, galvaudant au passage de nombreux points (contre EGSG,
USMO, ESHS) et ratant des matchs parfaitement dans leurs cordes,
notamment contre l'EST et le CA à Sfax. Autant l'on peut accepter,
quoique à contre-cœur, le match nul qui a sanctionné le match de
l'EST (classique réputé difficile, tactique et fermé), autant l'on ne
peut que nourrir des regrets au vu de la manière avec laquelle a
évolué l'ensemble face au CA, une formation qui était ce jour-là
largement à sa portée, n'eût été cette fatale baisse de régime
chez les joueurs, causée par une fatigue physique et une quasi
saturation mentale, aussi bien compréhensibles qu'évitables.
En effet, avec une meilleure
préparation psychologique, ces accidents de parcours auraient pu être
épargnés aux joueurs comme aux nerfs des supporters. Plus que jamais
s'impose au CSS une personne affectée au suivi psychologique des
joueurs. L'on oublie trop souvent que les joueurs ne sont pas des "
robots ", pour reprendre une expression de notre cher Mrad Mahjoub,
qu'ils restent en définitive des hommes, avec des passages à vide, des
périodes de doute et d'incertitude comme tout un chacun. Le problème
de l'encadrement et de la prise en charge psychologique des joueurs du
CSS se pose depuis trop longtemps et il est grand temps qu'une décision
soit prise dans ce sens. Les grands clubs européens ont depuis
longtemps compris l'intérêt d'un tel suivi et n'ont pas lésiné sur
les moyens pour le dispenser à leurs joueurs. Que l'on prenne exemple
sur eux, nous qui nous disons professionnels.
L'on ne saurait parler du bilan
du CSS, au terme de cette première phase, sans s'arrêter sur cette
magnifique épopée africaine, au cours de laquelle il a brillé de
mille feux et s'est acquis les faveurs de milliers de nouveaux
supporters de par l'Afrique et le monde arabe. L'aventure aurait pu
être plus belle, triomphale, ce 11 novembre 2006, jour fatidique qui
marquera à jamais la mémoire des supporters et l'histoire du club. Si
plusieurs facteurs se sont combinés pour précipiter l'amère défaite
(la préparation moyenne de la finale retour, la malchance, l'arbitrage
scandaleux, le fait de jouer à Radès, loin du stade mythique du Mhiri
et de l'ambiance surchauffée de ses grands jours), rien ne saurait
expliquer et encore moins justifier le relâchement fatal et général
qui s'ensuivit. La perte d'un titre, aussi important, prestigieux et
lucratif soit-il, ne peut pas justifier tant de désinvolture et de
défaitisme. Près d'un mois après la terrible soirée du 11 novembre,
Mrad Mahjoub, avouait encore dans la presse qu'il n'avait toujours pas
digéré ce match. Confrontés tous les jours à un tel état d'âme
chez leur coach, comment les joueurs, eux, les plus concernés, les plus
blessés, les plus démoralisés, auraient-ils pu digérer cette
défaite et reprendre des couleurs ?
Mais si le CSS a passé un mois
chaotique (le terme n'est pas trop fort), après la soirée
cauchemardesque du 11 novembre, c'est aussi, en partie, à cause de la
surenchère, évoquée plus haut, autour de la CLA. Certains avaient
hélas oublié que le foot peut parfois être une loterie, qu'une finale
se joue trop souvent sur des détails, insignifiants en apparence, mais
ô combien décisifs à l'heure des comptes. Il aurait fallu plus de
finesse et de prudence dans l'approche de la finale retour, mais aussi
davantage de travail psychologique avec les joueurs, tout au long de la
compétition, et surtout après la terrible désillusion.
Le " waterlooo "
inattendu de Sousse est venu confirmer que les succès remportés
successivement contre EGSG (en Coupe de la Ligue) et ESZ (en
championnat) n'étaient là que pour faire illusion et que le malaise
était plus profond qu'on ne le croyait, et désormais installé dans
tous les rouages du club. Cette débâcle - n'ayons pas peur des mots -
restera, qu'on le veuille ou pas, un point noir dans l'histoire du CSS,
non pas tant en raison de la lourdeur du score, que de l'attitude
passive et défaitiste des joueurs tout au long de la rencontre.
Toutefois, le naufrage collectif
du onze " Noir et Blanc " a eu au moins le mérite de
révéler, sinon une crise, du moins un malaise qui couvait depuis
longtemps et qui aurait pu, plusieurs fois déjà, apparaître au grand
jour. Il a eu l'effet d'un dur retour à la réalité, après l'euphorie
grisante du parcours africain et le rêve des milliards mirobolants qui
ont fondu comme neige au soleil avec le tir meurtrier de Abou Trika dans
le temps additionnel. Retour à la réalité dramatique, douloureux,
mais salutaire car désormais chacune des parties prenantes du CSS est
mise face à ses responsabilités et ne pourra plus s'en détourner en
faisant la sourde oreille. Un processus de remise en question s'est
depuis lors enclenché, dont les traits saillants ont été l'annonce de
la démission de Mrad Mahjoub et la confirmation de l'élection prochaine d'un
nouveau président du club.
À l'heure où pointe
l'année 2007, il s'agit pour le CSS, qui aura basculé en moins d'un
mois de l'exaltation la plus béate à la déprime la plus morose, non
pas d'oublier ce passé proche et encore douloureux, mais d'en tirer les
enseignements nécessaires, afin d'entrevoir l'avenir sous de bons
auspices. La dernière victoire contre CSHL a fait du bien à toutes les
composantes du club et c'est de cette victoire, réalisée dans la boue
et dans la douleur, que notre club doit repartir pour rebondir. Pour ce
faire, il aura besoin de toutes ses forces vives, de l'apport immédiat
et inconditionnel du Haut Comité de Soutien, de l'appui fervent de ses
fidèles supporters, de l'implication active du nouveau staff technique
et de le totale abnégation des joueurs sur le terrain.
Si
toutes ces conditions sont réunies, l'issue de la saison ne pourra
être que radieuse. Le championnat est encore jouable ; plusieurs fois
déjà, le CSS s'est retrouvé dans cette position d'outsider embusqué
(se faisant oublier par ses concurrents directs), relégué à quelques
longueurs de la tête du classement et plusieurs fois déjà il a pu
coiffer ses adversaires au poteau, comme lors de l'avant-dernier
exercice ou lors de la si belle année du doublé (1994-1995). Le CSS
aura, en outre, à défendre ses couleurs en Coupe de la CAF. Avec une
attaque de feu, qui compte dans ses rangs Tarek Ziadi, le meilleur
réalisateur du championnat, une défense hermétique, si l'on excepte
le non-match réalisé à Sousse, et des joueurs jeunes et talentueux
qui ne demandent qu'à éclore, le CSS ne peut que jouer les premiers
rôles en cette deuxième partie de saison et honorer son statut de
grand du football tunisien.
Croisons les doigts pour que les
dirigeants, actuels ou nouveaux, prennent d'urgence, en leur âme et
conscience, les bonnes décisions quant au choix du staff technique et
des joueurs à transférer ou à recruter, et agissent toujours en ayant
à l'esprit les intérêts du club, son histoire et son avenir. Vive le
CSS !
Makki REBAI
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