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Rencontre avec Youssef Baâti

Youssef Baâti le technicien

Boudir : Pouvez vous parler de votre carrière ?

Youssef Baati ancien joueur de football au sein de l'OCK en deuxième division et à deux reprises en première division (saisons 78 et 84. Je suis aussi professeur principal d'éducation physique et entraîneur de troisième degré.

J'ai commencé ma carrière de joueur en 1972, j'ai rejoint l'équipe olympique durant les années 79, 80, 81.
J'ai commencé ma carrière comme entraîneur en 1983 tout en étant joueur et étudiant.
J'ai entraîné plusieurs équipes : l'OCK à trois reprises en division nationale (directeur technique de l'OCK en 1991). J'ai aussi travaillé 9 saisons en Arabie Saoudite et réalisé de bons résultats avec les clubs Faiha et Faisali.

Parmi les autres clubs que j'ai entraîné M. Mahdia, SRS et C. Chebba. Depuis 2003 je dirige la direction technique du CSS.

Boudir : Quel est le rôle exact d'un directeur technique dans un club Tunisien? Et votre rôle à vous exactement?

Le directeur technique instaure la politique et les programmes de formation des jeunes afin de procurer au club de bons joueurs sur lesquels il peut compter en seniors

Hammadi Agrebi et Pape Malik sont les deux meilleurs joueurs du centre de formation du CSS

Boudir : Vous qui êtes au club depuis plusieurs années, quel est le joueur qui vous a le plus marqué (techniquement, humainement)?

Je voudrais citer deux noms. Le premier c'est Hammadi Agerbi que je considère comme le meilleur joueur qu'a connu la Tunisie.
Le deuxième joueur s'est distingué par son rendement et sa fidélité, c'est un étranger mais je le considère comme tunisien : Pape Malik qui a laissé son empreinte et c'est une occasion de lui exprimer mon respect.

Conditions et encadrement dans le centre

Boudir : Comment se passe une journée ordinaire d'un joueur dans le centre de formation?

Beaucoup pensent que les joueurs du centre de formation sont ceux qui habitent dans le complexe.
Les catégories de jeunes comptent 370 joueurs dont 40 en sélections qui ont deux séances d'entraînement de plus par rapport aux autres (entraînement d'élite : mardi et mercredi). Pour tous les autres joueurs, les entraînements se font de manière ordinaire l'après midi à cause des études.
Pour ceux qui habitent dans le complexe, ils poursuivent leurs études de façon normale et s'entraînent ensuite avec leurs catégories.

J'espère avoir un jour l'infrastructure de l'Espérance ou de l'Etoile

Boudir : Karim Nafti a récemment déclaré sur le site que les conditions dans le centre de formation ne sont plus les mêmes au niveau de l'encadrement. Qu'est ce que vous en pensez ?

Ceci est valable pour toute la Tunisie. La raison principale est le manque de moyens, surtout pour le CSS. Je le dis haut et fort, on a un manque d'équipements. J'espère qu'on aura demain une infrastructure semblable à celle de l'EST ou ou l'ESS.

Malgré ces limites, les résultats sont satisfaisants. Mais il faut comprendre que la priorité du BD est l'équipe première qui est le miroir du club.
Il est connu que le Centre de Formation du CSS est le plus ancien de Tunisie. Le travail a commencé avec Kristic qui a instauré la notion de formation ; ensuite on a commencé à construire le Centre en 1982 avant tout le monde.

Je dis à Karim et aux autres que le nouveau complexe est presque fini, que le complexe actuel n'est pas dans un état déplorable. Avec l'aide de M. Zahaf et autres responsables de nombreuses améliorations ont été effectuées afin qu'il soit digne du CSS.

Le CSS est l'équipe qui a le plus de jeunes issus de son centre de formation

Boudir : Si j'étais un jeune joueur, quels arguments utiliseriez-vous pour me convaincre pour intégrer le centre de formation du CSS plutôt que celui d'un autre club

Le CSS a une bonne réputation dans la formation. Malgré toutes les difficultés notre équipe a montré qu'elle est une école de formation de jeunes depuis longtemps.

Le CSS est le club qui a le plus de jeunes issus de son centre dans son équipe première, en plus il a exporté beaucoup de joueurs à l'étranger.
En un mot je dis que le CSS procure au joueur les moyens du succès beaucoup plus que les autres clubs et ceci n'est pas une publicité mais une chose concrète et démontrée.

Boudir : Quels sont les critères de sélection des jeunes ?

Convaincus par le fait que la formation commence dès le plus jeune âge, on a ajouté 5 catégories dont l'age est entre 7 et 11 ans (environ 200 nouveaux joueurs).
Concernant les critères de sélection, on est un peu indulgents pour les plus jeunes parce que les qualités d'un joueur peuvent ne pas paraître tout de suite. Dans les autres étapes, on demande aux joueurs des critères du football moderne comme la vitesse et la puissance ; en plus d'un minimum de qualités techniques qu'on aide à développer.
Nous donnons également beaucoup d'importance au coté mental car ça devient un critère indispensable pour la réussite d'un joueur. On n'a pas les moyens d'évaluer ce critère, certes, mais on essaie de l'estimer.

Boudir : De combien est composé le staff responsable du centre (médecins, entraîneurs, accompagnateurs)?

On a 20 entraîneurs permanents, 5 stagiaires qu'on recrute de l'ISEPS pour nous aider.
Ce qui fait donc 25 entraîneurs pour 14 catégories, soit une moyenne de deux entraîneurs par catégories. On a également 10 accompagnateurs, 5 spécialistes de la " thérapie naturelle " et un médecin consacré aux catégories des jeunes.

Boudir : Quels sont les principaux problèmes rencontrés ?

Le plus gros problème c'est le manque d'infrastructure et d'équipements sportifs.
Je le dis franchement, les moyens présents comme terrains, éclairage et conditions de travail sont insuffisants malgré l'effort des différents responsables qui nous aident.

Performances des joueurs issus du centre

Boudir : Comment se fait le l'évaluation et le suivi de la performance des jeunes?

On effectue des tests deux fois dans la saison avec l'aide du médecin responsable des jeunes et des responsables techniques.
Il y a des tests techniques, physiques, en plus des matchs : nombre de matchs joués, de buts marqués et discipline.
Toutes ces données sont informatisées et nous permettent un bon suivi des joueurs.

Boudir : Evolution des résultats des catégories jeunes les dernières années?

Ce qu'on fait comme travail est une continuité du travail réalisé par les anciennes directions techniques.
C'est un effort de tous les entraîneurs actuels et passés.
En 2003 on avait du mal pour se qualifier au niveau régional et national ; maintenant les résultats sont entrain d'évoluer malgré la limite des moyens.
En adoptant cette même politique, j'espère qu'on arrive à remporter le maximum de trophées bien que ça ne soit pas l'objectif principal. Ce qu'on vise avant tout c'est de procurer des joueurs de qualité à l'équipe première et qui auront des opportunités de jouer à l'étranger.

Boudir : Apres la génération de Gmamdia et Malik on ne voit plus de nouveaux talents issus du centre. Quelles sont les raisons ?

En ce moment on a huit espoirs dans l'équipe première et c'est la raison pour laquelle les espoirs n'ont pas remporté le championnat 2007.
On a aussi une très belle équipe junior qui fait de bons résultats.
L'avenir est prometteur et on espère avoir dans un futur proche des joueurs tels que Gmamdia et Malik.

Boudir : Pourquoi le CSS n'a pas d'attaquants de pointe, de vrais chasseurs de but à la Akid, Santos? Est ce du a une formation incomplète ?

Le problème provient du recrutement. Ce ci dit, on a de bons attaquants de pointe dans les catégories des jeunes en ce moment.
On essaie de travailler cette insuffisance en tous cas.

Boudir : Le joueur issu du Centre de formation du CSS est connu pour sa grande technicité mais aussi pour son caractère naïf, est ce que vous travaillez cet aspect psychologique ?

Bien que ce coté soit parfois incontrôlable, on essaie de faire de notre mieux. Je ne suis pas sur que nos joueurs soient naïfs en tous cas. Un groupe qui remporte 3 titres ces dernières 4 années et dispute deux finales importantes ne peut pas être qualifié de naïf même s'il passe par une période difficile.

Boudir : Pensez vous que le centre de formation peut fournir des joueurs performants tous les deux ou trois ans pour remplacer les joueurs partants dans tous les postes?

Sûrement. Si on observe les différentes catégories : Huit espoirs en équipe senior, une bonne équipe junior, les minimes A ont remporté la coupe de Tunisie.
On essaie de garantir le maximum de bons éléments à chaque catégorie qui puissent à long terme remplacer les joueurs sortants.

Boudir : Qui des joueurs évoluant actuellement en espoirs deviendra peut être un grand joueur?

On a beaucoup de bons joueurs encore jeunes qui peuvent devenir des grands tels que Aaymen Ben Amor, Houssin Jaber, Chadi Hammemi, etc.
Il existe également des joueurs talentueux en juniors comme Mohamed Barka, Mahmoud Ben Salah, Rami Khthiri, Moez Aloulou.

C'est la qualité mentale d'un joueur qui détermine son avenir

Boudir : Taux de réussite : sur 10 joueurs qui intègrent le centre combien de joueurs arrivent à décrocher un contrat à la sortie ? Que deviennent les autres ? Quelles actions sont prévues pour assurer leurs avenirs ?

Pour un joueur de foot ; ce sont ses qualités qui déterminent son avenir ; et notamment les qualités mentales. Si un joueur a un mental solide il peut réussir même en étant moyen.
En général 2, 3 ou 4 au maximum. Ceux qui réussissent à jouer en équipe première ont un avenir garanti, pour les autres, il y a d'autres alternatives avec les autres équipes en nationale A ou B.

Boudir : Est ce qu'il existe réellement une philosophie de formation sfaxienne instaurée depuis Kristik ?

J'ai vécu la période de Kristik à mon jeune age. A cette époque la formation du joueur se faisait dans le quartier et dans le club.
On remarque depuis une quinzaine d'années que le coté technique a diminué chez le joueur tunisien ; on essaie de travailler sur ce coté et l'améliorer au maximum.

Boudir : Un mot sur la performance des minimes au tournoi qui s'est déroulé en Italie?

C'était un tournoi international amical. Je veux par cette occasion remercier Mr. Zouhair Kharrat qui nous a min en contact avec l'équipe qui a organisé le tournoi. Je remercie également Mr. Hédi Chaker et Mr. Med Sallemi ainsi que le président du club Mr. Slaheddine Zahaf pour son aide et son encouragement chaque fois qu'on veut participer à un tournoi.
Ce tournoi était très utile pour les jeunes joueurs qui ont été confrontés à des joueurs d'équipes européennes et se sont mesurés à eux.
On a également remporté la coupe et porté le drapeau tunisien à l'étranger. La communauté tunisienne en Italie nous a bien encouragé.

Boudir : Quel est votre sentiment lorsque vous voyez la réussite d'un joueur que vous avez encadré?

C'est le plus grand honneur. Je me souviens bien du premier jour de Haikel Gmamdia au CDF et de son dernier jour et ça me fait plaisir qu'il se souvienne de nous et demande de nos nouvelles.
L'autre jour Malik a offert 5 balles au CDF et comme on dit c'est le geste qui compte.
Je suis très fier des joueurs que j'ai formés en les voyant exceller depuis les gradins.

Le CDF du CSS et son environnement

Boudir : Est ce il y a une coopération avec les clubs de la région ?

Il y a une grande coopération ; nous avons organisé beaucoup de tournois amicaux avec les différents clubs de la région.
Le point positif c'est que les matchs amicaux deviennent très agréables à voir, vu les traditions d'amitié et d'esprit sportif que le CSS a instauré Les autres équipes qui nous le rendent très bien.

Boudir : Gmamdia, Malik, Mrabet et autres ont été amenés à Sfax depuis leur jeune age. Est-ce qu'il y'a encore des efforts de recherche des jeunes talents dans les zones intérieures du pays ?

On a 15 joueurs qui habitent le CDF. Pour des raisons affectives, aujourd'hui on ne recrute les joueurs qui n'habitent pas Sfax qu'à partir de la catégorie minimes.
On a également des joueurs en provenance des différentes équipes de la région que je veux à cette occasion remercier pour leur coopération avec le CSS.

Boudir : Etes vous en contact avec d'autres responsables de centres de formations en Europe ?

Nos dirigeants comme le président du club et Mr. Sami Hachicha ont beaucoup de relations avec des équipes étrangères.
Nous avons des contacts avec l'Olympique Lyonnais ; Mr. Zouhair Kharat m'a affirmé qu'il a eu un contact avec le vice-président de FC. Barcelone en vue d'un contact prochain avec ce club. Dans ces derniers jours on a reçu la visite de l'attaquant ivoirien Ferdinand Makota qui a joué dans plusieurs clubs en France et qui va nous aider à établir des relations de coopération avec les clubs de Auxerre et St. Etienne.

Le Centre de formation du CSS est le plus performant en Tunisie malgré ses moyens limités

Boudir : Quel est le centre le plus performant en Tunisie?

Malgré les difficultés et sans fanatisme je dis que c'est celui du CSS.
Avec des moyens très modestes et avec la motivation et l'amour du club de tous les responsables ; le CSS est devenu une école de football et a formé de grands joueurs comme Agrebi, Akid… et continuera à former ; grâce à beaucoup de gens qui travaillent sérieusement et font beaucoup de sacrifices.

Boudir : La faiblesse des équipes de la région s'explique t'elle par le centre de formation du CSS qui attire tous les joueurs talentueux de la région ?

Je ne suis pas d'accord. Le fait qu'il y ait une grande équipe comme le CSS dans la région offre une chance pour les bons joueurs des petites équipes de se distinguer.
Au niveau de la formation on est les meilleurs grâce à des encadreurs très compétents. Les conditions de travail, bien qu'elles ne soient pas excellentes, sont meilleurs que celles des autres équipes de la région.
Les difficultés des équipes dites " petites " ne résident pas dans le départ de leurs joueurs mais dans les ressources financières limitées.

Perspectives avec l'achèvement des travaux du centre de formation

Boudir : Comment cette réalisation contribuera elle à lever la confusion entre formation et entraînement chez les jeunes?

Il n'y a aucune confusion ; les joueurs qui habitent au centre de formation sont considérés comme des joueurs d'élite et reçoivent des séances d'entraînement supplémentaires par rapport aux autres ; on s'occupe plus de ces joueurs au niveau nutritionnel, médical et psychologique. Les autres joueurs s'entraînent à des heures compatibles avec leurs études.

Boudir : Le club s'est il préparé au démarrage de l'activité du centre (cahier des charges, staff, programmes, etc.)?

Le programme existe déjà et il est très clair ; si les moyens s'améliorent les résultats progresseront plus.

Boudir : Le club s'est il inspiré des expériences d'autres clubs européens et africains reconnus en formation des jeunes?

On s'est inspiré des expériences des clubs européens au niveau des programmes de formation car on cherche toujours les programmes de formation les plus modernes.

Propos recueillis par Sami MEZGHANI

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