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Abdallah Hajri a réinventé la technique
du dribble sa dextérité lui permettait d'exploiter l'espace le plus réduit
pour éliminer son adversaire direct. C’est le virtuose qui rappela à
plusieurs égards certains grands spécialistes de l'époque: Mangnusson, le
Suédois de l'OM et Osim, le Yougoslave de Sedan. Il était l'un des joueurs
emblématiques d'un CSS dont le souci du beau jeu l’emportait très souvent
sur les impératifs du résultat.
Né le 8 janvier 1947 à Sfax, Ahdallah
Hajri s'est révélé dès son très jeune âge comme un footballeur doué avant
déchiffré tous les mystères du ballon rond. Dans son quartier d'El Bousten,
son divertissement est le football en compagnie de son fière Béchir, gardien
de but, de Delhoum et des frères Sellam et Sellami. Quand son talent convainc
son entourage, il est conduit au Club Tunisien pour signer sa première licence
en 1960. Du football spontané, il passe au jeu organisé et réglementé.
L'accommodation ne pose pas de problème à ce dribbleur doué qui comprit par
le biais de ses entraîneurs que le dribble est un moyen, une étape et non une
finalité. Chemin faisant il met on pratique ces nouvelles règles, tout en
cherchant le dosage nécessaire outre 1a solution individuelle et les exigences
collectives. Il apprend aussi qu'en football, le plaisir de jouer doit être
partagé et communiqué, sinon il conduit à l'anarchie.
En 1964-65, Abdallah Hajri a déjà fait
toute, ses preuves dans les catégories des jeunes. Kristic l'incorpore lors de
la dernière journée face à l'ASM qui l'emporte chez lui par 3 à 2. L'envol
est amorcé. La saison 65-66 enregistre la confirmation de cet ailier gauche de
1 ,83 m, frêle, à l'apparence nonchalante mais à l'efficacité évidente. Il
s'affirme comme le maître d'un espace qui s'étend dans la zone adverse tout le
long de la ligne de touche. C'est son territoire à lui, sa chasse gardée où
il peut entreprendre à volonté toutes les prouesses techniques de son
inépuisable registre. Au sein d'une équipe où El Gaïed, Graja et Delhoum le
mettent dans des situations souvent favorables, il a pu donner libre cours à
son inspiration pour obtenir une grande satisfaction: son équipe termine à la
deuxième place, ce qu'elle n'a jamais réalisé jusque-là. Le CSS est-il
définitivement dans la cour des grands? Il faut attendre la confirmation au
terme de la saison 1966-67. Le CSS décroche nettement, obtenant seulement la
sixième place et un goal différence très maigre (+l). Abdallah Hajri
s'interroge sur deux tableaux: le football et les études. Il ne sacrifie ni
l'un ni l'autre et repart à la conquête de satisfactions sportives et de son
laissez-passer pour l'université. La route est longue, dure. 1967-68 apporte un
léger mieux et semble annoncer une bonne moisson. L'indicateur est tout d'abord
local puisque le SRS brise un tabou en remportant le titre. A. Hajri et le CSS
prennent la relève et profitent de la maturation du groupe et de l'expérience
de Sassi, revenu d'Algérie, pour réaliser une saison qui dépassera les
espérances d'un publie jusque-là largement servi uniquement par le beau jeu. A
deux journées de la fin de la saison, le CSS se déplace à Sousse où son
rival marsois a déjà battu l’Etoile. L'enjeu est de taille. Le CSS met toute
son énergie dans ce match qu'il remporte grâce à un finish palpitant dont se
souvient Hajri. C'est le dénouement final L'ailier gauche du CSS est en super
forme. Rado pense sérieusement l'aligner face au Maroc en match d'appui de la
Coupe du monde à Marseille pour surprendre les Marocains niais la période
n'est pas propice: mai 1969, A. Hajri prépare très sérieusement son bac, y
tient et ne peut se permettre une quatrième année de sacrifice scolaire à
cause du football.
A Alger, A. Hajri s'apprête à vivre un
autre challenge mais d'une autre nature, la première Coupe Maghrébine des
clubs champions. A défaut de la remporter, il fait très bonne figure et
obtient le trophée très significatif de meilleur joueur de la compétition.
Ses prouesses techniques ont constitué la principale attraction du tournoi où
le CSS a convaincu, notamment lors de sa confrontation avec le C.R. Belcourt de
Lalmas et Kalem.
A priori, tout indique que la trajectoire
de Abdallah Hajri est ascendante. C'est le contraire qui se produit. Etant très
souvent loin de son club en raison de ses études universitaires, le joueur perd
ses repères et le CSS son équilibre. La 4 ème place sanctionne une saison
difficile comme l'indique le nombre de buts marqués 26 buts contre 45 en
1968-69. On cherche une compensation en Coupe de Tunisie mais le syndrome du
Club Africain a raison des ambitions du CSS battu aux demi-finales après deux
éditions.
Pour A. Hajri, le départ en France pour
préparer son avenir en dehors du football implique de mettre provisoirement ses
ambitions sportives dans le tiroir. Comble de malchance, il rentre en 1972
affaibli par une typhoïde qui le débarrasse de vingt cinq kilos. Le
rétablissement est lent. Il sait que l'épreuve révèle les hommes. En
1972-73, sous la conduite de Ammar Nahali, il réintègre l'effectif, s’entraîne
souvent à Tunis au sein du COT ou du ST. Nahali, compréhensif, coopère et lui
accorde les chances qu'il mérite. Hajri dispute quelques matches et s'accroche.
Il ne peut concevoir de se séparer du football ou vivre sans le ballon. En
1973-74, Rado espère retrouver le joueur qu'il a découvert en 1969 mais les
moyens physiques sont quelque peu entamés. A. Hajri abandonne et met un terme
à une carrière qui n'était pas vouée à la constance ni à durer.
C'est également le sort de son fière
Béchir qui a été gardien du CSS pendant', quelques saisons. En revanche, ses
beaux-frères, Delhoum et M'ghirbi, ont eu des carrières nettement plus
longues. Les Hajri peuvent se targuer de représenter une famille sportive avec
un autre frère handballeur, deux saurs nageuses, une autre championne en
athlétisme, enfin un oncle quia assuré l'intérim de Fabio au CA, Ridha Bach
Hamba et son fils Béchir quia été un bon attaquant au CA.
Pour Abdallah Hajri, le football a été,
en dehors de ce concours de circonstances défavorables, une véritable école
avec toutes ses valeurs, ses références, ses dirigeants (Zahaf, Aloulou), ses
entraîneurs (Kristic, Popadic), ses arbitres (Belkhaouas, Barka) et ses joueurs
préférés (Sassi. El Gaïed, Chétali, Delhourn, Attouga, Agrébi et Tarak).
Chétali et El Gâied sont, au demeurant,
ses idoles tunisiennes et Pelé et Cruvff ses idoles à l'étranger.
S'il regrette que ses participations en
équipe de Tunisie aient été insignifiantes, il reconnaît que les concurrents
avaient l'argument de la puissance: Chakroun et Chemmam. Mais au CSS, il a
réalisé de ces prestations que le public et lui même ne peuvent oublier:
CRB-CSS, ESS - CSS (68-69) et Ittihad Tripoli-CSS qu'il écrasa de sa classe. Un
mauvais souvenir néanmoins: le décès en 1966 de l’entraîneur Kristic,
l'homme qui lui a beaucoup appris.
A. Hajri cherche toujours la meilleure
transaction avec le football. Titulaire d'un diplôme de 3 ème degré, il
exerce au gré des conjonctures mais il ne parvient pas à embrasser la
carrière d'entraîneur professionnel avec ses joies et ses risques: à l'image
du joueur, l'entraîneur Hajri ressent encore un goût d'inachevé. Il se
consolera, néanmoins, avec les témoignages de ceux qui l'ont vu à l’œuvre
quand il était au sommet de son art: Lin virtuose qui garantit le spectacle et
suscite la révérence. C'est beaucoup. c'est énorme. Même son idole et
capitaine, El Gâied, est élogieux à son égard: A. Hajri avait tous les
atouts pour s'imposer même en Europe, à condition de beaucoup s'améliorer sur
le plan physique.
MOHAMED KILANI
Guide-Foot saison 2006 -2007 (Pages 36 et 37)
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